Ces femmes qui ont marqué l’histoire de Disney

La place des femmes dans l’univers Disney, depuis les premières princesses jusqu’aux héroïnes actuelles, a fait couler beaucoup d’encre. On parle moins, cependant, de celles qui sont à l’origine de ces œuvres. Artistes, Imagineers[1], scénaristes, actrices ou réalisatrices, elles sont nombreuses à avoir façonné les films et les parcs que nous adorons tous. Aujourd’hui, je vous présente dix de ces femmes qui ont marqué l’histoire de Disney…

Lillian Disney – artiste et épouse de Walt Disney (1899-1997)

S’il y en a bien une qui a influencé la vie et l’œuvre de Walt Disney, c’est elle ! Originaire de l’Idaho, Lillian Bounds rejoint sa sœur Hazel à Los Angeles dans les années 20. À l’époque, les Disney Brothers Studios démarrent et recherchent du personnel. Une amie de Lillian, Kathleen, y travaille comme assistante et lui propose un poste. Kathleen l’avertit cependant : elle sera plutôt mal payée et elle ne doit pas songer à épouser le patron !

En 1924, elle est engagée comme artiste, puis devient l’assistante de Walt. Tous les soirs, ce dernier ramène Lillian et une autre collègue chez elles. Bien que Lillian habite plus près des studios, Walt fait toujours un détour pour déposer leur collègue d’abord, et ainsi passer plus de temps avec elle. Ils annoncent leurs fiançailles la même année, et se marient en 1925. Ils auront deux filles : Diane, en 1933, et Sharon, adoptée en 1936.

La contribution la plus connue de Lillian est d’avoir donné son nom à la souris la plus célèbre du monde. On raconte en effet que Walt lui aurait montré son nouveau personnage, Mortimer Mouse ; trouvant le nom trop pompeux, elle lui propose de l’appeler plutôt Mickey. Elle a également travaillé à l’encrage de son tout premier court-métrage, Plane Crazy.

Lillian est avant tout la confidente et le plus grand soutien de Walt Disney. Jeune femme affirmée au fort caractère, elle le conseille sur tout et l’accompagne dans presque tous ses voyages. Et bien qu’elle ne soit pas toujours d’accord avec les mille et une idées de son mari, depuis les coulisses, elle le soutient et influence le moindre de ses projets. Elle participe notamment à l’aménagement de Main Street à Disneyland, choisissant les couleurs, les styles, les décorations des boutiques et de l’appartement familial. Après le décès de Walt, elle prend une part plus active dans la vie de l’entreprise et supervise, avec Roy Disney, la construction de Walt Disney World. Elle fait également de nombreux dons à des causes charitables et finance le California Institute of the Arts (le fameux CalArts).

Walt Disney aimait donner le nom de son épouse à plusieurs de ses créations, et dans les parcs à thèmes, les hommages à Lillian sont nombreux : un wagon à Disneyland et une locomotive à Walt Disney World portent le nom de « Lilly Belle », un bateau à aube en Floride se nomme « The Empress Lilly »,… À Disneyland Paris, c’est à « Lilly’s Boutique » que vous pourrez admirer de nombreuses photos de la famille Disney.

Grace Bailey – directrice du département Ink&Paint (1904-1983)

Grace Bailey a rejoint les studios Disney dans les premières années de leur développement et a joué un rôle déterminant dans leur essor. Après ses études à la Cleveland School of Art, elle s’installe à New York où elle travaille sur la série animée Out of the Inkwell. Cette série de courts-métrages d’animation, produite par Max Fleischer, a notamment fait naître le personnage de Betty Boop. En 1930, elle part pour la Californie du Sud, où elle travaille un temps à la création d’abat-jours. Un an plus tard, l’artiste postule aux Walt Disney Studios et entre au département Ink and Paint, alors supervisé par la sœur de Lillian Disney, Hazel Sewell.

Dans le département Ink and Paint (encrage et peinture), les encreurs sont chargés de tracer les dessins des animateurs sur les celluloïds, qui formeront le dessin animé. Les peintres colorent ensuite ces dessins à la main. Ce métier, aujourd’hui disparu avec l’avènement de l’animation par ordinateur, est alors majoritairement féminin. Il requiert beaucoup de patience et de précision. Il s’agit de milliers de dessins à encrer et peindre à la main, avec la plus grande minutie. Grace juge que les hommes qui s’en chargeaient aux débuts des studios « avaient tendance à bâcler le travail » !

En 1932, Disney sort Flowers and Trees (Des arbres et des fleurs), un court-métrage de la série Silly Symphonies et le premier court-métrage animé des studios Disney en Technicolor. Après cette sortie, et dû à l’avènement des dessins animés en couleur, Grace est chargée de créer de nouvelles couleurs pour étendre la palette des studios. Par la suite, elle devient superviseuse de la peinture, puis de l’encrage, et forme de nombreuses nouvelles artistes. Enfin, de ses 50 ans jusqu’à sa retraite, elle dirige tout le département Ink and Paint. À ce poste, elle travaille sur de nombreux classiques : La Belle et le Clochard, La Belle au Bois Dormant, les 101 Dalmatiens, le Livre de la Jungle,… En 2000, à titre posthume, elle est récompensée pour ses nombreuses contributions aux films d’animation Disney par le titre de Disney Legend.

Mary Blair – artiste (1911-1978)

Mary Blair est sans doute l’artiste féminine la plus connue dans l’histoire de Disney. Son style graphique unique et son sens de la couleur ont marqué de nombreux classiques des années 40 et 50, ainsi que la célèbre attraction It’s a Small World.  

Originaire de Californie, Mary obtient en 1931 une bourse pour étudier au Chouinard Art Institute. Cette prestigieuse école d’art – qui devient en 1961 le California Institute of the Arts ou CalArts – est connue encore aujourd’hui pour fournir à Disney bon nombre de ses artistes. Elle en ressort diplômée deux ans plus tard, mais pendant la Grande Dépression le travail se fait rare, et plus encore pour les artistes peintres. Elle finit par entrer en 1938 aux studios Metro Goldwyn Mayer, dans le département Animation. Mary y rencontre son futur mari, Lee Blair, qui part ensuite travailler chez Disney. La jeune artiste l’y rejoint en 1940 pour travailler sur Penelope, un film d’animation qui ne verra finalement jamais le jour.

Elle décide rapidement de démissionner, souhaitant se consacrer à sa passion pour les beaux-arts. Cependant, deux mois après son départ, elle apprend que s’organise un voyage en Amérique du Sud pour une équipe d’artistes Disney. Ce voyage de trois mois inspirera des films comme Les 3 Caballeros et Saludos Amigos. Mary veut en être, et retourne sans hésiter voir Walt Disney pour lui demander de la reprendre. Ce voyage aura une influence considérable sur son art, et notamment son amour pour les couleurs vives.

Son style graphique gai et coloré inspirera les plus grands films d’animation des années 40 et 50 : La Belle et le Clochard, Dumbo, Cendrillon, Alice aux Pays des Merveilles, Peter Pan,… Pour chacun de ces films, Mary peint des dizaines de concept arts, ces premières illustrations qui définissent l’atmosphère du film. Son influence sur l’univers visuel de Disney est d’autant plus étonnante quand on sait que l’artiste avait une terriblement mauvaise vue ; ses collègues se souviennent qu’elle possédait sept paires de lentilles et de lunettes ! Au-delà des films et de la désormais mythique façade de It’s a Small World, Mary crée également tout au long de sa vie des livres pour enfants, publicités, décors de théâtre, fresques murales et même des vêtements.

Considérée comme un génie par ses pairs, Mary Blair est encore aujourd’hui reconnue pour son sens de la couleur et ses designs, dont la simplicité apparente cache une grande sophistication.

Cicely Rigdon – Ambassadrice Disney (1923-2013)

Les 37 ans de carrière de Cicely Rigdon sont un surprenant exemple d’ascension professionnelle. Pour pouvoir travailler à Disneyland, elle apprend à conduire avec sa voisine, à l’insu de son mari. Après cinq tentatives, elle est engagée en 1957 à la billetterie, où ses performances de vente impressionnent rapidement sa direction. À peine deux ans plus tard, elle rejoint le département Tour Guide, qui organise les visites guidées du parc. Elle supervise ensuite les relations clients. À ce poste, elle est notamment responsable de l’appartement de la famille Disney au-dessus de la caserne de Main Street, ce qui lui vaut le surnom de « Keeper of the Keys », ou gardienne des clés. Elle est fort appréciée de Walt Disney, qui l’invite en 1964 à l’exposition universelle de New York.

Pour l’ouverture de Walt Disney World en Floride, Cicely est chargée de la formation de tous les hôtes de billetterie. C’est ensuite, à partir de 1982 et jusqu’à sa retraite, qu’elle apporte sa plus grande contribution au resort californien : elle développe et gère le Disneyland Ambassador Program, qui envoie des ambassadeurs du Disneyland Resort choisis avec soin à travers le monde. Le nom de Cicely Rigdon est aujourd’hui inscrit sur l’une des fenêtres de Main Street en Californie, sous la mention « Ambassador Finishing School ».

Harriet Burns – Imagineer (1928-2008)

On la surnommait la « First Lady of Imagineering ». Et pour cause : Harriet Burns est la première femme engagée chez WED Enterprises (aujourd’hui Walt Disney Imagineering) à un poste créatif.

Née au Texas en 1928, Harriet est une enfant très créative. Ses parents la découragent pourtant de poursuivre une carrière artistique ; ils souhaitent qu’elle aille à l’université, mais surtout pour trouver un mari ! Harriet y rencontre effectivement Billy Burns, son futur époux, mais non sans décrocher son bachelier en art.

Le couple déménage à Hollywood, car Billy rêve de devenir acteur. Mais le succès n’arrivant pas, Harriet décide de chercher du travail de son côté et devient créatrice de décors. Quand son entreprise fait faillite en 1955, elle tente sa chance chez Disney. D’après la légende, ayant entendu que WED n’engageait pas de femmes, elle se serait inscrite à l’entretien d’embauche sous le nom « Harry » !

À ses débuts, Harriet crée des décors pour le Mickey Mouse Club, ainsi que pour plusieurs films comme Babes in Toyland et Mary Poppins. Elle forme ensuite avec Fred Joerger et Wathel Rodgers une petite équipe qui s’installe dans le « model shop », l’atelier où sont créées les miniatures, puis les versions réelles des attractions. Au fil des ans, l’équipe s’agrandit et elle travaille sur de nombreuses attractions : Pirates of the Caribbean, Haunted Mansion, It’s a Small World, Great Moments with Mr. Lincoln,… Une de ses contributions les plus célèbres est d’avoir créé à la demande de Walt Disney les Tiki Birds, ces oiseaux audio-animatronics qui peuplent Enchanted Tiki Room. On dit qu’elle maniait sans peine scie, ponceuse et autres outils aux côtés de ses collègues masculins, mais restait toujours l’employée la mieux habillée ! Harriet était en effet connue pour sa classe naturelle et son sens aigu de la mode, et était rarement aperçue sans un foulard, son signe distinctif.

En tant que première femme Imagineer, Harriet Burns laisse derrière elle un héritage immense, et sa trace est bien présente à Disneyland. Elle a en effet sa propre fenêtre sur Main Street, ainsi qu’une tombe à son nom dans le cimetière qui entoure Haunted Mansion. Son souvenir est également largement entretenu par sa famille, qui a écrit un livre en son honneur et témoigne régulièrement à son sujet dans divers médias Disney.

Leota Toombs Thomas – Imagineer (1925-1991)

Ce prénom vous dit quelque chose ? Et bien Madame Leota, c’est elle ! Leota « Lee » Toombs Thomas a en effet prêté ses traits et son nom à la mystérieuse femme dans la boule de cristal qui hante Haunted Mansion.

Leota commence sa carrière en 1940 dans le département Ink and Paint, avant d’être transférée en Animation. Après une pause dans sa carrière pour élever ses deux filles, l’artiste revient en 1962 chez WED Enterprises. Elle y participe au design de plusieurs pavillons pour l’exposition universelle de 1964-65, dont It’s a Small World et Great Moments with Mr Lincoln. À la fois designer et artisane, Leota crée tout au long de sa carrière des personnages originaux pour des attractions majeures telles que Pirates of the Caribbean, Haunted Mansion ou Enchanted Tiki Room.

Alors qu’elle travaille sur Haunted Mansion, son collègue Yale Gracey lui demande de servir de modèle pour une diseuse de bonne aventure, dont la tête apparaîtrait dans une boule de cristal. D’après Leota, elle a été choisie « parce que ses yeux étaient juste à la bonne distance » ! Ses traits ont en tout cas convaincu l’équipe, et après un moulage de son visage et un enregistrement vidéo, la voilà entrée à jamais dans le décor de l’attraction. Ce n’est en revanche pas sa voix que l’on entend dans la scène, mais celle d’Eleanor Audley, qui a également doublé Maléfique et Lady Tremaine. Pour entendre la voix de Leota Toombs, il suffit d’attendre la fin de l’attraction ; on y trouve une « mini-Leota » qui chuchote aux visiteurs égarés « Hurry back, hurry back… ».

L’artiste travaille ensuite à la maintenance des attractions à Walt Disney World pendant quelques années, avant de revenir en Californie pour former une nouvelle génération d’Imagineers. Parmi ces nouvelles recrues, on retrouve sa propre fille, Kim Irvine, aujourd’hui directrice artistique. Lorsque les Imagineers décident en 2001 d’habiller le célèbre manoir hanté aux couleurs de l’Etrange Noël de Monsieur Jack, Kim reprend le rôle de sa mère pour filmer et déclamer le nouveau texte. Haunted Mansion, c’est aussi une histoire de famille !

Alice Davis – Imagineer et créatrice de costumes (1929- )

Née d’une mère artiste, lauréate d’un concours de peinture à seulement 5 ans, Alice Davis (ex Estes) était faite pour devenir artiste. Après le lycée, elle reçoit une bourse pour entrer au Chouinard Art Institute. La jeune femme rêve alors d’être animatrice, mais après la Seconde Guerre mondiale, il y a une liste d’attente de deux ans pour entrer dans ce département. Cependant, Mrs. Chouinard elle-même lui fait intégrer l’école et lui propose la seule place disponible, dans le département Costume Design. À l’institut, elle suit un cours de dessin donné par un certain Marc Davis…

Alice démarre ensuite sa carrière en créant de la lingerie et des sous-vêtements féminins pour la Beverly Vogue & Lingerie House à Los Angeles. Elle y devient rapidement designer en chef et acquiert une réputation d’experte. Au début des années 50, elle reçoit un appel de son ancien professeur d’art, Marc Davis. Celui-ci a besoin d’un costume pour l’actrice Helen Stanley, qui sert de référence pour le personnage d’Aurore dans La Belle au Bois Dormant. En effet, il était coutume à l’époque aux Studios Disney de filmer des acteurs jouant différentes scènes du film d’animation, afin de servir de référence aux animateurs. C’est à cette époque-là que Marc et Alice commencent à se fréquenter ; ils se marient en 1956.

Un an plus tard, Alice rencontre pour la première fois Walt Disney par hasard, alors que le jeune couple est au restaurant. Très intéressé par son parcours, il lui pose de nombreuses questions sur son métier et lui affirme en partant : « Vous travaillerez pour moi un jour ! ». C’est chose faite en 1960, quand elle est engagée comme créatrice de costumes pour Toby Tyler, puis participe à la création d’autres films et émissions télévisées Disney.

En 1963, en collaboration avec Mary Blair, elle dessine et supervise la création de plus de 150 costumes pour les poupées de It’s a Small World, le tout en moins d’un an. Elle se base à la fois sur les dessins de Marc Davis, les palettes de couleur de Mary Blair, et d’innombrables recherches sur les pays représentés dans l’attraction. Elle habille ensuite les personnages de Pirates of the Caribbean. Walt Disney Imagineering lui doit également la création de nombreux standards de procédure et de qualité pour les audio-animatronics.

Aujourd’hui, à 91 ans, Alice Davis est toujours consultante pour Walt Disney Imagineering et fait régulièrement des apparitions à divers évènements Disney. Elle a formé avec son époux, décédé en 2000, un couple mythique dans l’histoire de la Walt Disney Company. Elle est Disney Legend depuis 2004 et a, depuis 2012, une fenêtre à son nom sur Main Street.

Annette Funicello – chanteuse, danseuse et actrice (1942-2013)

Enfant star aux multiples talents, Annette Funicello est considérée comme la première ambassadrice Disney.

Quand elle a 4 ans, ses parents décident de déménager de l’État de New York à la Californie, dans l’espoir d’un futur meilleur pour leur fille. Annette fait ses premiers pas sur scène très tôt, quand ses parents l’inscrivent à des cours de musique et de danse pour vaincre sa grande timidité. À l’âge de 9 ans, elle gagne un concours de mini-miss, suite auquel elle fait un peu de mannequinat.

C’est à 12 ans que sa carrière décolle. Alors qu’elle joue dans une production amateure du Lac des Cygnes, Walt Disney en personne la repère et la choisit pour rejoindre le Mickey Mouse Club. Cette émission télévisée quotidienne, lancée en 1955, présente un groupe d’enfants appelés « mouseketeers[2] » qui chantent, dansent et jouent la comédie. Ils sont 24, mais Annette éclipse bien vite ses camarades et séduit le public. Elle devient la vedette de l’émission et reçoit plus de 6000 lettres de fans par mois ! Son succès est tel que Walt Disney lui propose en 1958 une série de fiction dont elle sera la vedette, intitulée sobrement Annette. Dans cette série, adaptée d’un roman pour adolescents, l’actrice incarne la jeune fille idéale, douce et attachante, des années 50.

Quand le Mickey Mouse Club prend fin[3], la même année, Annette est la seule mouseketeer à recevoir un contrat à long terme avec les studios Disney. Elle y joue dans plusieurs films et séries, dont Babes in Toyland et quelques épisodes de Zorro. À sa propre surprise, l’actrice entamera également une carrière de chanteuse. En effet, une des chansons issues de sa série, intitulée How Will I Know My Love?, rencontre un immense succès auprès du public. Elle signe dans la maison de disques Disneyland Records, et sort plusieurs albums composés par les frères Sherman (Mary Poppins, It’s a Small World).

Tout au long de sa carrière, Annette bénéficie de la bienveillance et des conseils de Walt Disney, qu’elle considère comme un « second père ». Il l’encourage notamment à être fière de ses origines italiennes et à conserver son nom, qu’elle voulait changer pour qu’il sonne plus américain. L’actrice conserve avec lui une relation particulière tout au long de sa carrière, même lorsqu’elle signe avec un studio concurrent pour une série de « beach movies », ces films pour adolescents des années 60 qui racontent des amours de vacances.

En 1965, Annette se retire de la vie publique pour se consacrer à sa famille. Elle révèle bien plus tard, dans les années 90, être atteinte de la sclérose en plaques. Elle travaille ensuite à sensibiliser et lever des fonds pour la lutte contre cette maladie, jusqu’à son décès à l’âge de 70 ans. Annette a marqué le public américain en incarnant la jeune fille, puis la femme idéale de son époque. Elle est aujourd’hui Disney Legend, et possède son étoile sur le Hollywood Walk of Fame.

Linda Woolverton – Scénariste (1959- )

À la fois scénariste, productrice, auteure et dramaturge, Linda Woolverton étudie les arts de la scène avant de monter sa propre compagnie de théâtre pour enfants. Elle devient ensuite chargée de développement pour la chaîne CBS. Pendant ses pauses déjeuner, elle écrit son premier roman : Star Wind. En 1984, elle quitte son travail pour se consacrer pleinement à l’écriture. Après la rédaction d’un deuxième roman, elle écrit pour de nombreuses séries animées télévisées comme Star Wars Ewoks, Mon Petit Poney et Tic et Tac, les rangers du risque. Mais l’auteure se lasse bientôt de la télévision et souhaite travailler pour Walt Disney Animation Studios. Contre l’avis de son agent, elle se rend en 1987 aux studios de Burbank et y dépose une copie de son livre, demandant à une secrétaire de « le donner à quelqu’un à lire ». Deux jours plus tard, Jeffrey Katzenberg, alors à la tête des studios Disney, l’appelle pour lui proposer un entretien.

Linda est engagée pour écrire le scénario de La Belle et La Bête, devenant ainsi la première femme scénariste d’un film d’animation Disney. Ayant grandi avec les mouvements féministes des années 70, elle a conscience de la nécessité de faire évoluer le statut de Princesse Disney, et de créer un personnage qui parle aux femmes de son temps. Dans une équipe à écrasante majorité masculine, elle parvient à imposer ses choix artistiques et à faire de Belle une héroïne moderne.

La scénariste participe ensuite au développement d’Aladdin et à l’écriture du Roi Lion et de Mulan. Elle revient ensuite à son premier amour, le théâtre musical, en adaptant La Belle et La Bête pour Broadway. Pour cette adaptation, elle sera nominée pour un Tony Award. Elle co-écrit également le livret d’Aida, production originale de Disney pour Broadway[4].

Une dizaine d’années plus tard, Linda revient chez Disney pour écrire Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton. Ce film rapportera plus d’un milliard de dollars au box-office, et par conséquent un nouveau titre pour elle: celui de la première scénariste féminine avec un « billion-dollar movie » à son actif. Elle se charge ensuite du scénario de la suite, Alice de l’autre côté du miroir, puis de Maléfique et de Maléfique : Le Pouvoir du mal.

On attribue souvent à Linda Woolverton le lancement d’une ère de « strong female characters », ou personnages de femmes fortes, dans les films Disney des années 90. En effet, les princesses « deuxième génération » – Jasmine, Pocahontas, Mulan – et toutes celles qui ont suivi se différencient de leurs aînées par leur force de caractère et leur statut d’héroïnes actives, prenant le contrôle de leur destin. En changeant l’image de la princesse Disney, Linda Woolverton a changé par extension l’idéal féminin de millions de petites filles à travers le monde, les encourageant non plus seulement à être belles comme des princesses, mais courageuses, ambitieuses et déterminées comme des princesses.

Jennifer Lee – Scénariste et réalisatrice (1971- )

Vous l’aurez remarqué, je vous ai déjà présenté dans cet article quelques « premières » femmes à accéder à différents postes. On pourrait penser que cette distinction n’a plus lieu d’être de nos jours, et pourtant… le premier long métrage Disney réalisé par une femme ne date que de 2013 !

Née en 1971 à Rhode Island, Jennifer Lee entreprend après le lycée des études d’anglais à l’université du New Hampshire. En 1992, elle emménage à New York où elle travaille comme graphiste pour des maisons d’éditions. À 30 ans, elle sort diplômée de la Columbia University School of the Arts. Elle y fait une rencontre déterminante : celle du scénariste Phil Johnston. Après une première collaboration sur un court-métrage, Johnston lui propose de travailler avec elle à l’écriture des Mondes de Ralph. Ce qui ne devait être qu’un travail d’écriture de quelques semaines deviendra le début d’une brillante carrière au sein des studios Disney.

Après le succès du film, on lui propose de travailler au scénario de La Reine des Neiges, dont elle devient également co-réalisatrice aux côtés de Chris Buck. Elle renforce notamment l’aspect musical du film, à la base plutôt conçu comme un film d’action, en travaillant en étroite collaboration avec le couple Lopez qui compose les musiques. On la connaît scénariste et réalisatrice, mais saviez-vous que Jennifer Lee prête également sa voix à la reine Iduna dans le premier volet ? Sa fille Agatha, neuf ans à l’époque, est quant à elle la voix d’Anna enfant.

Le succès sans précédent du film révèle la réalisatrice et établit sa renommée chez Disney. Elle participe ensuite à l’écriture de Zootopie et Un Raccourci dans le Temps, ainsi qu’à la direction créative des Nouveaux Héros et de Vaiana, avant de se consacrer au très attendu La Reine des Neiges 2.

En juin 2019, suite au départ de John Lasseter, elle est nommée directrice artistique des Walt Disney Animation Studios. Elle sera ainsi productrice exécutive des prochains longs-métrages Raya et le Dernier Dragon et Encanto, ainsi que des séries annoncées pour Disney+ comme Baymax! et Tiana. Dans ce nouveau rôle, tout comme dans les films qu’elle a déjà écrits et réalisés, Jennifer Lee a à cœur de créer des personnages féminins multi-dimensionnels et inspirants.

Regard sur l’avenir…

S’il a bien fallu faire un choix pour cet article, je pourrais citer encore tant de femmes dont l’œuvre a influencé, et influence encore, l’univers de Disney. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis les années 20. On retrouve aujourd’hui plus de femmes dans des positions de leadership. Citons par exemple Natacha Rafalski, à la tête de Disneyland Paris, Jennifer Lee pour les Walt Disney Animation Studios, Rebecca Campbell pour la branche International Operations,… Les rangs des Imagineers, artistes, animateurs, scénaristes, comptent également de plus en plus de femmes. Plusieurs réalisatrices ont annoncé des longs-métrages pour les années à venir, comme Eternals par Chloé Zhao (Marvel) et Turning Red par Domee Shi (Pixar). L’histoire a retenu les noms des « premières dames » : première Imagineer, première animatrice, première scénariste… Maintenant que ces portes ont été ouvertes, j’espère voir encore de nombreuses femmes suivre ces voies et continuer à façonner l’univers Disney de demain. Jennifer Lee en est certaine : « J’étais la première ici, mais je ne serai pas la dernière ».


[1] Les « Imagineers », contraction de « imagination » et « engineering », imagination et ingénierie, sont les ingénieurs et artistes qui travaillent à la création et au développement des parcs à thèmes Disney.

[2] « mouseketeer » est un jeu de mot qui mélange les mots « mouse », souris, et « musketeer », mousquetaire

[3] L’émission a été relancée dans les années 90, et a révélé des stars actuelles comme Britney Spears, Ryan Gosling, Christina Aguilera et Justin Timberlake.

[4] Vous ne connaissez pas Aida? Courez donc lire mon article sur les comédies musicales Disney!

SOURCES :

Les photos proviennent du site D23.com, à l’exception de celles de Harriet Burns (disneyhistoryinstitute.com), Linda Woolverton (Vanity Fair), Jennifer Lee (Marie Claire) et l’illustration principale (Disney Parks Blog).

Podcasts

Documentaires

  • Leslie Iwerks (2019). The Imagineering Story. Disponible sur Disney+.

Vidéos

Livres

  • Pierre Lambert (2020). Alice au Pays des Merveilles. Editions Huginn & Muninn.

Pages web

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