Pixar Et Philosophie

Année après année, les studios Pixar n’ont cessé de nous faire vibrer et de nous surprendre en osant aborder des thématiques profondes et riches en émotions. Si les films d’animation ne nous apportent pas de réponses définitives, ils offrent des pistes de réflexions intéressantes et simplifient des concepts parfois abstraits. C’est entre autres cette créativité et cette audace qui font d’ailleurs le succès du studio. 

Note : certaines parties de cet articles peuvent contenir des spoilers (ou divulgâcher, c’est au choix) de certains films Pixar, dont les plus récents.

Invasion de  Martin, Wall-E, Eve, Woody, Jack-Jack, Nemo, Russell, Bob Razowski, Couette, Flash, Remy, Buzz, Tilt et Carl sur le logo Pixar ! 

Les films écrits, réalisés ou supervisés par Pete Docter (Monstres et Cie, Là-haut, Vice-versa et Soul) ou Lee Unkrich (Coco, Toy Story 3) en sont des exemples parfaits. On se retrouve à réagir sur des questions telles que : d’où viennent nos peurs ? Qu’est-ce-que vieillir, mourir ? Comment surmonter un deuil ? Ou encore, comment fonctionnent nos émotions ? Différentes grandes questions philosophiques permettent de tenter une double lecture de certains films Pixar. 

“Chacun des films est construit, renforcé, fortifié et nous n’avons pas peur de déchirer des choses et de les refaire jusqu’à ce que nous sentions que cela mérite le nom de  Pixar.”

Pete Docter

Avant de démarrer je tiens à faire un petit disclaimer : ces propos n’engagent que moi, et pas les studios Pixar bien entendu. J’ai fait de nombreuses recherches, je partage mes sensations et opinions, mais je n’ai aucun diplôme en philosophie, donc n’hésitez pas à partager vos points de vues et à interagir dans les commentaires.

Qui suis-je ? 

Tout le monde admet posséder un corps (des bras, des jambes, une tête, vous avez compris l’idée), mais chacun éprouve également des sensations, des émotions, qui ne sont pas entièrement expliquées par la science. C’est ce qu’on a alors appelé « l’esprit », ou « l’âme ». C’est un thème cher à Descartes (1596-1659) qui les conçoit en effet tous les deux comme des substances incommensurables et différentes. 

Le philosophe Henri Bergson (1859-1941) s’est également fortement intéressé au domaine de l’existence hypothétique de l’âme et de ses rapports avec notre corps. Cette fameuse dualité « du corps et de l’esprit » désigne d’ailleurs l’un des problèmes clés de la philosophie. Quels liens entretiennent ces deux entités que sont le corps et l’esprit ? Quelles sont les différentes parties qui composent le « moi » ? L’esprit et le cerveau, est-ce la même chose ? 

Je vous rassure tout de suite, cet article ne sera pas une thèse sur le sujet, déjà car je n’en serais pas capable, mais également car l’idée n’est pas de vous endormir avant la fin de l’article.  En revanche, analysons ensemble deux films Pixar qui nous offrent des pistes de réflexion sur cette thématique : Vice-Versa (ou Inside Out en VO) et Soul. 

Dans le film Vice-Versa, réalisé par Pete Docter et sorti en 2015, nous avons un aperçu de l’intérieur du cerveau d’une enfant, Riley, et plus particulièrement d’un endroit appelé Quartier Cérébral, le centre de contrôle de l’esprit de Riley. C’est ici que vivent cinq émotions qui l’aident et la conseillent dans sa vie quotidienne : Joie, Tristesse, Colère, Dégoût et Peur.

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les émotions de Riley sont incarnées par des personnages féminins et masculins, contrairement à celles de ses parents qui sont uniquement du même genre qu’eux ?

Le film souligne à quel point nos émotions sont liées à notre vécu, notre expérience, car ce sont elles qui régissent nos souvenirs dans le film. Un souvenir joyeux peut d’ailleurs devenir triste après un changement brusque dans la vie, je pense par exemple aux souvenirs du Minnesota après que Riley ait déménagé à San Francisco. Cette philosophie correspond en grande partie à celle du philosophe David Hume (1711-1776). Peu connu si, comme moi, vous avez séché les cours de philosophie au lycée, David Hume est pourtant l’un des précurseurs des sciences cognitives, la discipline ayant pour objet la description, l’explication de la pensée humaine ou animale. Ce dernier explique qu’une personne est faite de ses expériences et que, grâce au renouvellement perpétuel de celles-ci, nous sommes nous-même en perpétuelle transformation. Il refuse l’existence d’un moi immuable à la base de chaque individu tout au long de sa vie, et il affirme que le moi n’est rien d’autre qu’un assemblage de perceptions. Directement, j’ai pris le train direction Vice-Versa où le cerveau de Riley est bel et bien constitué d’un assemblage de perceptions, et plus exactement d’émotions.

« Cette idée sur les émotions et les personnages m’est venue en regardant ma fille quand elle avait 11 ans. Elle a beaucoup changé en grandissant et je me suis demandé, que se passe-t-il dans votre tête quand vous grandissez ? » 

Pete Docter.

Le deuxième film Pixar qui traite de la question de l’identité est Soul, sorti en 2020 sur Disney +, et réalisé également par Pete Docter. Ce film amène une réflexion sur l’origine de notre personnalité : est-ce qu’on naît avec ou se développe-t-elle au cours de notre vie ? C’est au philosophe Platon (424-347 av. J.C), que vous connaissez sans doute plus que Hume, que j’ai pensé en regardant ce film. Platon a écrit une phrase qui fait particulièrement écho à Soul : “L’âme existe avant le corps, et survit à la mort du corps.”

Les nouvelles âmes, joyeuses et naïves ?

Dans le film, nous suivons Joe Gardner, un professeur de musique de collège, qui rêve depuis longtemps de jouer du jazz sur scène. L’opportunité se présente enfin, lorsqu’un terrible accident provoque la séparation de son âme et de son corps. Au lieu de partir vers le Grand Après, il se retrouve parmi les “nouvelles âmes” qui attendent de s’incarner. Joe doit alors faire équipe avec une âme, afin de retourner sur Terre. Est-ce que Pete Docter s’est inspiré de Platon ? Dans tous les cas, sa philosophie semble bien représentée ici avec des âmes qui existent avant et après les corps. Pete Docter va encore plus loin en imaginant un centre où les âmes gagneraient leur personnalité ainsi que leur “flamme”, leur passion, avant de rejoindre un corps humain. Pour l’anecdote, cette idée a germé dans la tête de Pete Docter il y a 23 ans, lorsqu’il est devenu père. Persuadé que la personnalité d’une personne se développait en fonction de son interaction avec le monde, comme David Hume, il a changé d’avis à la naissance de son fils, en ressentant dès les premières minutes quelque chose d’unique, de spécifique en lui : sa personnalité. 

Revenons vers Descartes pour un dernier point. Selon lui, l’âme est capable de vouloir, de désirer, d’imaginer, ou encore de sentir : elle est totalement indépendante du corps. C’est ce qu’on appelle le dualisme cartésien. Dans le film, le personnage de 22 est en effet doté d’une identité, d’une sensibilité, elle possède déjà sa propre personnalité avant d’avoir un corps. 

Cynique, blasée, 22 représente l’adolescente parfaite !

Je finirai cette partie sur une petite théorie, que j’ai pu lire sur Reddit et Allociné entre autres. Cette théorie lierait les deux films dont on vient de parler, car l’âme 22 de Soul serait Riley de Vice-Versa. Il serait en effet plausible que la scène de fin de Soul, où 22 se dirige sur Terre prête à démarrer sa vie, soit le préquel de la première scène de Vice-Versa où Riley bébé, ouvre les yeux pour la première fois. Si on suit cette théorie, les îles de personnalités de Riley (honnêteté, famille, amitié…) correspondraient alors aux cinq badges qu’une âme doit acquérir pour accéder à la terre. 

La « matière » peut-elle penser ?

Lorsque l’on parle de la « matière », on entend généralement une substance dont sont faits les pierres, le métal, la terre, l’eau, les nuages, etc. Bref, la matière est un assemblage d’atomes formant toutes les choses qui nous entourent, et nous formant par la même occasion. Les êtres vivants possèdent pourtant d’autres propriétés que les pierres ou le métal : ils respirent, se nourrissent, se reproduisent, grandissent, et enfin meurent. Un caillou n’en semble à priori pas capable (même si Pocahontas serait en désaccord avec nous sur ce point).

À propos de la fameuse question « qui suis-je? », on a vu que Platon et Descartes par exemple différencient le corps physique – périssable – et l’esprit – éternel. C’est cet “esprit” qui manquerait à nos objets inanimés. Il serait donc impossible de faire penser une machine telle qu’un robot. 

Mais d’autres philosophes (et scientifiques) pensent que l’âme n’est finalement que le résultat du fonctionnement de notre cerveau. C’est le cas de Julien Offray de La Mettrie (1709-1751) qui estime que l’esprit de l’homme est une partie plus complexe de la matière, mais qu’il meurt en même temps qu’elle. Suivant ce postulat, il serait donc possible d’obtenir une intelligence artificielle s’approchant le plus possible de l’homme. Mais si c’est possible, est-ce une bonne chose ?

On valide les amoureux  Eve et Wall-E qui essayent de se tenir la main 
comme les humains dans le film “Hello Dolly”. 

Dans le film Wall-E, réalisé par Andrew Stanton et sorti en 2008, on découvre une planète Terre dévastée, abandonnée par les humains et occupée uniquement par des robots chargés de la nettoyer. Des milliers d’années plus tard, seul un petit robot subsiste et continue sa tâche avec minutie et curiosité : Wall-E. Avec l’aide d’Eve, une sonde envoyée pour vérifier si la Terre est de nouveau habitable, ils mèneront un périple dans l’espace afin de réveiller les humains, devenus dépendant de la technologie, totalement amorphes et les ramener sur Terre. 

“Je ne veux pas survivre, je veux vivre !”

Le Capitaine de l’Axiome, Wall-E. 

Wall-E est un conte philosophique universel, une belle allégorie sur la surconsommation et la destruction de notre écosystème, qui nous interroge sur notre façon actuelle de vivre. Dans le film, les différents robots présents sont dotés d’émotions et d’intelligence, tandis que les humains, à force de vouloir toujours plus de technologie, ont perdu leur humanité.   

Selon le philosophe Gaspard Koenig (1982-), « l’intelligence artificielle menace notre autonomie », et c’est ce qui va se passer dans Wall-E. Les hommes ont été déchargés de toutes les tâches quotidiennes. Incapables du moindre effort physique, ils sont devenus obèses et aliénés. Absolument tout est géré par des machines, même leur relations sociales ont lieu virtuellement. Le gros paradoxe du film est que dans ce monde chaotique, ce sont les robots dotés d’émotions et remplis d’espoir qui ramèneront l’Homme à son humanité. 

Les distances sociales sont respectées dans Wall-E ! 

On a parlé des hommes, des objets, mais qu’en est-il des animaux ? Possèdent-ils la même intelligence que les humains ? Deux visions s’opposent drastiquement. D’un côté, Descartes et sa phrase très célèbre nous dit : “ le langage est uniquement le propre de l’homme. ” Il explique qu’il y a langage quand le son est précédé d’une pensée, chose que les animaux ne sont pas capables de produire selon lui. À l’opposé se situe Montaigne (1533-1592) qui se demande pourquoi conclure que les animaux ne parlent pas, uniquement car les hommes ne les comprennent pas ? Pour résumer, certains considèrent donc que les animaux émettent des sons qui ne constituent pas un langage, et que leur langage est une réponse mécanique traduisant des émotions, et non des pensées, tandis que d’autres pensent simplement que c’est une incompréhension de la part des Hommes.

“Je viens juste de te rencontrer, et je t’aime”. Qui veut un Doug ?

Dans le film Là-haut, le réalisateur semble avoir fait son choix. Charles Muntz, l’aventurier, a réalisé le rêve de tous les amoureux des animaux, en créant un collier permettant à ses chiens de parler, ou du moins de se faire comprendre par les humains. Contrairement à des films tels que Zootopie où les animaux sont représentés comme des humains avec des tenues, des métiers, ici les chiens gardent toutes leurs caractéristiques propres, à l’exception que pour une fois, on comprend leur langage. Et je suis certaine que si Montaigne était encore parmi nous, il ne pourrait que valider Là-haut. 

Le bonheur existe-t-il ?

Si on s’en tient à une définition précise, le bonheur est un état (et non un sentiment comme la joie) de satisfaction durable, de plénitude, où l’individu se sent comblé. La question de durabilité est importante, car c’est ce qui le différencie du plaisir éphémère.

De nombreux philosophes ont leur avis sur l’existence du bonheur. Certains, comme Flaubert (1821-1880) pense qu’il n’existe pas, que ce n’est qu’un mythe. Il ajoute que c’est en croyant au bonheur qu’on en devient malheureux. De son côté, Montaigne est moins catégorique et estime qu’on est heureux uniquement si on juge être heureux. Selon lui, le bonheur ne vient pas de l’extérieur, on ne le trouve pas dans la possession de biens mais dans notre propre décision d’être heureux. Enfin, avant de regarder de quoi est constitué le bonheur dans nos films d’animation Pixar, partons en Allemagne chez le philosophe Schopenhauer (1788-1860) qui explique que l’homme est incapable d’être heureux parce qu’il ressent davantage la souffrance que la joie. L’homme serait incapable de jouir durablement de ce qu’il possède, car il verra toujours ce qui lui manque. 

“Pour être heureux, vous n’avez pas besoin de réussir et de briller à tout prix. Vous pouvez être vous.”

Pete Docter

Les films Pixar pointent la même tendance humaine que décrit Schopenhauer, tout en étant plus optimistes sur le fait que ça ne dépend que de nous de réussir à dépasser cela. Ils se rapprocheraient alors plus de Montaigne au final. C’est particulièrement le cas chez Soul (encore lui) et de En avant. 

Quand Joe Gardner, dans Soul, revient sur Terre et finit par réaliser son rêve, il se rend compte qu’il n’est pas aussi heureux qu’il pensait l’être. Toute sa vie était tournée autour de son rêve de performer sur scène, et une fois réalisé, il n’a pas atteint le bonheur. C’est à ce moment-là que son idole (Dorothea Williams) lui raconte une fable très philosophique : celle du petit poisson qui cherche l’océan. Avec Soul, le réalisateur Pete Docter espère que le public sera amené à réfléchir plus globalement à ce que la vie a à offrir et à ce que nous avons à lui offrir en retour, et que parfois “ce sont les petites choses insignifiantes qui comptent le plus.” C’est ce que Joe réalise au cours du film, son bonheur se trouve dans des choses qui paraissent insignifiantes : dans le sourire de ses parents, dans un lever de soleil, ou encore dans la dégustation d’une pecan pie. Il ajoute même à la fin du film, qu’il ne sait pas ce qu’il va faire de sa vie, mais il sait qu’il va en savourer chaque instant. De quoi nous faire réfléchir. 

“La vie est pleine de possibilités, tu as juste besoin de savoir où regarder.”

Un autre Pixar nous questionne sur l’existence du bonheur. Il s’agit du film d’animation En avant (Onward en VO), réalisé par Dan Scanlon et sorti en 2020. Ce film nous montre qu’entre envies et besoins, on s’égare parfois à la recherche du bonheur. Il raconte la quête magique de deux frères qui tentent de ressusciter leur père pour une journée. Ian grandit en se persuadant qu’il a un manque, une frustration, et il pense que voir son père le rendrait enfin heureux. Barley grandit lui avec un regret, qu’il n’ose pas avouer pour garder bonne figure, et essaie d’être le meilleur soutien pour son petit frère. Il met de côté ce regret et apprend à vivre sa vie en étant heureux, en se contentant des choses simples de la vie comme son jeu de rôle dont il est un grand fan. À la fin du film, très riche en émotion, Ian apprend à se décentrer de lui-même, et de sa frustration. Il réalise que son frère a plus besoin de voir son père que lui, et qu’il a appris à être heureux tout le long de leur voyage. Cette quête me fait d’ailleurs fortement pensé à une parole du sage chinois Confucius : “ Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir. ” 

Qui a versé sa larme lorsque Ian et Barley se rapprochent à la fin de leur périple ?

Le dernier film Pixar dont j’aimerais parler concernant la thématique du bonheur est Vice-versa. On a vu qu’il y a une différence entre joie et bonheur, et Vice-Versa nous apprend que le bonheur ne peut pas être uniquement constitué de joie. (Vous suivez toujours ?) Les émotions négatives ont une fonction importante, comme le montre très bien la fin du film. C’est grâce à l’alliance de Joie et Tristesse que Riley évite de faire une fugue, poussée par la colère. C’est accepter sa tristesse qui va l’aider à reprendre confiance en ses parents, à accepter de franchir une nouvelle étape de sa vie, et au final c’est ce qui lui permet d’être heureuse malgré de grands bouleversements.

“Pleurer ça me fait du bien et ça m’aide à affronter la vie et ses problèmes.”

Tristesse, Vice-Versa

Pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue ? 

De nombreux philosophes se sont intéressés à la question du sens de la vie. Albert Camus (1913-1960) écrit au début du Mythe de Sisyphe qu’il n’y a qu’un seul problème philosophique vraiment sérieux : celui de savoir si la vie mérite d’être vécue. Plusieurs réponses plus ou moins philosophiques ont été apportées au cours des siècles, et nombreux sont les films Pixar qui tentent à leur manière d’y répondre. Une des citations de Sénèque (Ier siècle après J.C.) résume selon moi l’état d’esprit de ces films et leur réponse la plus récurrente. Dans Lettre à Lucilius, Sénèque écrit en effet : “ Hâte-toi de bien vivre et songe que chaque jour est à lui seul une vie. ” C’est un fait, la vie mérite d’être vécue car elle n’est pas éternelle. 

C’est le cas dans Soul. Joe Gardner réalise une fois mort qu’il est passé à côté de sa vie, et décide à la fin du film de profiter enfin de chaque instant. Dans le film, les nouvelles âmes doivent acquérir des badges de personnalité ainsi qu’un badge “passion” que Joe assimile comme une raison de vivre. Pour lui par exemple, c’est la musique. Il cherche à tout prix à trouver quelle serait la raison de vivre de 22 afin qu’elle puisse être incarnée sur Terre. Mais on réalise tout au long du film que non, notre passion n’est pas notre unique raison de vivre et je terminerai sur une citation de Michel qui résume ce propos : “ vous voulez à tout prix que la vie ait un sens ”.

 ”Il faut accepter que l’on n’est pas éternel, que notre temps est limité, et que c’est cela qui lui confère sa valeur. »  

Pete Doctor

Comme une sorte de miroir à ces questions de raison de vivre, il y a un parallèle intéressant qui est fait dans plusieurs Pixars : le lien entre la mort et l’oubli. On peut penser par exemple aux jouets de Toy Story qui finissent oubliés, abandonnés par les enfants devenus grands, ou aux personnages déjà morts de Coco qui disparaissent définitivement si on les oublie. Je n’en reparlerai pas, mais on peut également penser à Bing Bong dans Vice-Versa, scène qui en a traumatisé plus d’un… 

Bing Bong tombé dans l’inconscient disparaît totalement de la mémoire de Riley, 
mais rentre dans la nôtre pour toujours… 

Le thème de la mémoire et de l’oubli est au cœur de l’intrigue de Coco. On nous y présente un monde des défunts vertigineux : vieillards, mais aussi enfants, dans une ville immense, rappelant que la mort touche tout le monde, inéluctablement. Et dans ce monde, les morts se préparent à une autre disparition : celle qui arrivera lorsqu’il n’y aura plus de vivants pour honorer leur mémoire. Ainsi, en parlant de la mort de cette façon, le film est une ode à la vie, et rend hommage au lien bien vivant que nous entretenons avec nos familles et nos ancêtres, au-delà de leur départ.

Encore plus grand que New York, Coco face au monde des morts.

Toy story est très malin dans la manière d’aborder le sens de la vie, puisque la question est simplifiée grâce au point de vue du jouet. Woody ne semble avoir aucun doute sur sa raison de vivre, il a été créé dans un but précis en tant que jouet : sa mission est de rendre heureux les enfants, et plus particulièrement Andy dans les premiers films. Les épreuves qu’il rencontre vont remettre en question ses certitudes, et vont l’amener à retrouver un sens plus profond à sa vie. 

Un autre film qui répond à sa manière à la question sur le sens de la vie est Là-haut.. On y suit un couple, Carl et Ellie, à travers différentes étapes de leur vie, sur une musique magnifique de Michael Giacchino. Malheureusement pour eux, rien ne se passe comme prévu puisque leur premier rêve, celui d’avoir un enfant échoue. Leur second rêve de partir à l’aventure voir les chutes du paradis échoue également à cause des aléas de la vie. Là-haut nous offre à ce moment-là une belle leçon de vie, car Carl et Ellie continuent à garder le sourire et à vivre leur vie. Ils n’ont pas besoin de lui donner un sens, d’avoir un objectif pour être heureux, à part celui d’être ensemble. Mais la mort d’Ellie arrive très rapidement au début du film, dans une scène qui nous fait tous avoir la larme à l’œil, nous montrant encore une fois que la vie n’est pas éternelle. Comment trouver un sens à la vie pour Carl, dont toute l’existence tournait autour de son couple ? Malheureux, renfrogné, il s’accroche à la vie uniquement dans l’espoir de réaliser leur ancien rêve de voir les chutes du paradis. C’est ainsi qu’il réussit à surmonter la perte de sa femme, avec l’aide de Russel bien entendu. On en revient sur le thème du bonheur : comment retrouver le bonheur dans la bonne relecture des souvenirs de ce que l’on a perdu ? 

Carl et Ellie, la définition de l’expression “âmes soeurs”.

A-t-on besoin des autres ?

De prime abord, on a tous envie de dire “oui”. Pourtant ce n’est pas pour rien que Jean-Paul Sartre (1905-1980) écrivit la très célèbre phrase : “ L’enfer, c’est les autres ”. L’inconnu fait peur, donne envie, est jalousé parfois. L’autre peut provoquer la souffrance, la haine. On dit également familièrement “ on n’est jamais mieux servi que par soi-même ”. De son côté, Aristote (384-322 avant notre ère) est d’un tout autre avis : le bonheur implique l’amitié car l’homme ne peut s’accomplir seul.

« Personne ne choisirait de posséder tous les biens de ce monde pour en jouir seul.»

Aristote.

Chez Pixar, ce n’est pas un secret, on est plutôt team Aristote. C’est clairement l’entraide qui prime. On retiendra quelques binômes iconiques qui ont déplacé des montagnes à deux tels que Nemo et Dory ou Rémy et Linguini dans Ratatouille. 

Dans Toy story 4, l’entraide a une toute autre importance car elle joue sur la construction mentale d’un personnage. La petite Bonnie fabrique au début du film un jouet (Fourchette ou Forky en VO) à partir d’une fourchette, enfin une couichette mais c’est un autre débat. Le problème c’est que fourchette ne comprend pas qu’elle a changé de statut, passant de “outil dénué de pensée et parole” à “jouet”. C’est grâce aux autres jouets qui vont faire preuve de solidarité, de patience et de pédagogie, que Fourchette va finalement accepter sa condition (et accessoirement arrêter de se jeter dans toutes les poubelles qui passent). 

“Tout va bien se passer !” Un mantra à garder pour 2021.

Les films d’animation Pixar explorent donc des thématiques très profondes en apportant des bribes de réflexions souvent positives et riches en imagination. Ils n’apportent cependant pas de réponses concrètes au spectateur, et c’est à se demander si au final ce qui rend les Pixar philosophiques, n’est-ce pas de rendre les spectateurs philosophes ?

Sources : 
  • Mon amie Marjolaine et ses remarques toujours très pertinentes.
  • Ils vécurent philosophes et firent beaucoup d’heureux de Marianne Chaillan  (Livre poche).
  • « Soul : le triomphe du dualisme cartésien. » Ariane Nicolas. Philosophie magazine. 
  • « Vice versa, et inversement » Par Sandra Laugier, Professeure de philosophie à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne. Libération. 
  • Les grandes questions de la philosophie. Sciences Humaines. 
  • « Âme qui vive » par philomag. 
  • Les dangers de l’intelligence artificielle : le syndrome WALL-E par les éditions des Chavonnes.  
  • COCO : L’ODE BOULEVERSANTE DE PIXAR À LA MÉMOIRE, culturellement votre. 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *