Dans les coulisses de Cendrillon

L’année 2020 a été une année plutôt désastreuse pour le cinéma, pour les raisons que nous connaissons tous. Plongeons alors dans le passé et plus précisément 70 ans plus tôt afin de fêter l’anniversaire du classique d’animation : Cendrillon. 

Il était une fois, un studio d’animation qui avait révolutionné l’industrie cinématographique, avec son grand succès Blanche-Neige. Mais la guerre étant passée par là, le studio était mis à mal. Leur destin était donc entre les mains d’un conte dépoussiéré qui abordait des thèmes universels, à base d’intrigues captivantes et de personnages emblématiques : Cendrillon. 

70 ans plus tard, ce film continue de faire rêver petits et grands. Pourquoi a-t-il aussi bien marché à l’époque et est encore un succès actuellement ? Comment le projet de la dernière chance des studios Walt Disney est devenu un classique, apprécié de tous ? C’est ce qui va nous intéresser aujourd’hui. 

Une des affiches du film en 1950.

La genèse du film

Selon les propres mots de Walt Disney : “Cendrillon est une fille pleine de cran et d’imagination”. C’était la personne idéale pour relancer les studios qui avaient besoin, eux aussi, de faire preuve de cran et d’imagination pour s’en sortir. 

Le succès de Blanche-Neige en 1937 était sans conteste. Mais la guerre étant passée par là, et les films réalisés entre temps moins fructifiant, les studios se sont retrouvés avec 4 millions de dollars de dettes et trois à quatre années de pertes de travail. Le moral était assez bas.

Plusieurs grands classiques d’animations étaient pourtant sortis entre-temps me direz-vous : Pinocchio, Fantasia, Dumbo ou encore Bambi. A l’origine, ces films qui sont pourtant ancrés dans notre culture actuelle, n’ont pas réussi au démarrage à décoller comme Blanche-Neige, ou encore Cendrillon comme nous allons le voir ici. 

Cendrillon était donc un gros risque pour les studios, un échec signerait leur fin pure et simple. Au départ, Roy Disney, le frère de Walt, ne croyait pas du tout à ce film et voulait mettre de côté le projet, ainsi que ceux d’Alice au pays des merveilles et de Peter Pan, qui étaient également sur la table. Roy était sceptique, et pensait que ces films engendreraient trop de pertes. Selon lui, il valait mieux fermer les studios, avant d’être ruiné. 

Mais si vous connaissez un tant soit peu Walt, vous vous doutez bien qu’abandonner ainsi était  inenvisageable car il croyait en son équipe, et était persuadé qu’ils étaient capables de renouveler le miracle Blanche-Neige.

Les travaux sur le film ont alors commencé en 1946, par tout un groupe de réalisateurs : Clyde Geronimi, Wilfred Jackson et Hamilton Luske. L’objectif était d’égaler, voire de dépasser, Blanche-Neige. 

Les inspirations 

Cendrillon était déjà une histoire connue, provenant de deux contes : celui de Charles Perrault “Cendrillon ou la Petite Pantoufle de verre” et celui des frères Grimm dans Aschenputtel

Walt Disney s’en était déjà inspiré dans son court métrage Laugh-O-Gram “Cinderella” où de grandes libertés avaient été prises par rapport au conte. 

L’histoire avait un fort potentiel : une héroïne qui surmonte l’adversité et la jalousie d’une méchante belle-mère, de la magie avec sa marraine la bonne fée, une robe de princesse qui fait rêver et une belle histoire d’amour. Walt Disney souhaitait suivre le conte le plus fidèlement possible, afin d’avoir une histoire à la “ il était une fois” selon ses propres mots. 


Mais de quel conte parlons-nous, Perrault ou Grimm ? En effet, bien que la trame principale soit quasiment similaire dans les deux versions, quelques différences existent. Disney s’est donc inspiré des deux, piochant des anecdotes à droite à gauche, et peaufinant l’histoire à sa sauce.  

Dans la majorité, les studios Disney se sont inspirés de Charles Perrault. On y retrouve la marraine la fée, la transformation des animaux, le bal qui se termine à minuit, les deux méchantes sœurs ou encore le soulier de verre. En revanche, la méchante belle-mère, absente chez Perrault, provient de la version des frères Grimm. 

Parmi les différences notables, on peut observer deux points importants. Le premier concerne le père de Cendrillon que Disney a occulté. On le retrouvait pourtant soumis à sa femme chez Perrault, et avec un fond aussi méchant qu’elle chez Grimm. Est-ce pour augmenter la compassion du public envers Cendrillon ? Probablement. Le deuxième point concerne la temporalité du conte. Chez Perrault et Grimm, plusieurs bals ont lieu, le conte se déroulant sur plusieurs jours. Les studios Disney ont quant à eux préféré simplifier en un grand bal et, mis à part l’introduction, l’entièreté du film d’animation se déroule sur 24h. 

Des personnages humains et attachants.

Cendrillon : une princesse dans laquelle tout le monde peut s’identifier

Selon Richard Sherman, auteur-compositeur qui a rejoint les studios une dizaine d’années plus tard, Walt s’identifiait fortement à Cendrillon. Une jeune femme exploitée, démunie à qui des choses merveilleuses arrivent grâce à son dur labeur et son imagination, vous voyez la ressemblance ? Car en effet c’est bien grâce à son imagination et sa persévérance, que Walt a réussi à bâtir un empire. 

Un des leitmotiv était donc, qu’à l’image de Walt, le public compatisse avec Cendrillon, s’identifie à elle et soit emporté par le conte. Ce sont Marc Davis et Eric Larson, deux animateurs, qui avaient la lourde de tâche de lui donner vie. Chacun avec ses spécificités : la sophistication et l’intelligence pour Davis, la chaleur et la sincérité pour Larson. 

Le personnage principal : Cendrillon. 

Un casting a eu lieu afin de trouver la voix de la princesse : une voix pleine de caractère, d’intelligence mais également d’innocence et de bienveillance. Parmi 300 candidates, c’est Ilene Woods, chanteuse et star de la radio, qui fut l’heureuse élue. 

Un dernier nom peut également être associé à Cendrillon, et il s’agit de la danseuse Helen Stanley qui servit de référence pour aider à animer les mouvements de la princesse. C’est sans doute grâce à elle que Cendrillon respire la grâce, effleurant le sol délicatement à chacun de ses pas. 

Helen Stanley en Cendrillon pendant les prises de vues réelles.
Les personnages secondaires.

Sachant que le public adhère fortement aux animaux et que Cendrillon est une personne plutôt solitaire, il a été évident pour l’équipe de lui attribuer comme compagnons et amis, les animaux de la maison. Cet ajout a permis d’enrichir le film et d’ajouter une touche d’humour non négligeable. 

Jack et Gus, les deux compères de Cendrillon. 

Les animaux ici permettent également de faire ressortir les qualités de l’héroïne. Les souris et le chien témoignent de sa bonté par exemple. Lucifer nous montre que, en dépit de sa bienveillance et sa volonté de ne blesser personne, elle est capable de reconnaître le mauvais aussi.  

“Savez-vous qu’en VO le chien s’appelle Bruno mais en VF Pateau ?”

Un conte de fée ne serait pas complet sans un méchant, et nous en avons un de qualité ici en la personne de Lady Trémaine, animé par Frank Thomas. Autorité, sarcasme, froideur, elle incarne parfaitement l’adversité que Cendrillon doit surmonter, à laquelle s’ajoutent les demi-sœurs, faire-valoir clownesques.

Un studio au summum de son art dans l’animation traditionnelle, qui n’a pas vieilli.

Les studios ont fait appel à Mary Blair, concept artiste et coloriste, afin d’illustrer les réunions scénarios. Elle fit un travail remarquable. Ses concept art était plus colorés que ceux de Blanche-Neige, eux étant plus fades dû probablement à une influence européenne plus marquée. 

Cette palette de couleurs réussissait à montrer la douceur du monde de Cendrillon. Des articles mentionnent d’ailleurs le fait que Mary Blair était très investie dans ce travail, s’identifiant à Cendrillon face à l’adversité. Elle-même se sentant seule et en difficultés dans cet univers quasiment exclusivement masculin. 

L’animation était très réussie. Il faut savoir que le dessin animé a tout d’abord été entièrement filmé en prise de vues réelles, ce qui a servi de référence pour la conception.  Il est d’ailleurs souvent dit que la scène dans laquelle la marraine de Cendrillon transforme la robe rose déchirée en magnifique robe de bal était la séquence animée préférée de Walt Disney.

Transformation de Cendrillon par sa marraine la bonne fée.

Disney décida de produire lui-même la musique du film, une première dans l’histoire du studio. L’équipe d’auteurs-compositeurs était composée d’Al Hoffman, de Jerry Livingston et du parolier Mack David. Les chansons avaient deux objectifs : raconter l’histoire, et participer à l’expression des émotions de Cendrillon. 

On comprend alors que la chanson “A dream is a wish your heart makes” permet de comprendre les souhaits de Cendrillon et montre tout l’espoir qui la remplit. C’est ce qui lui permet de tenir et de garder sa douceur et sa joie de vivre. 

“The work song”, chantée par Jack, Gus et les souris montre l’exigence des responsabilités de Cendrillon, elle-même ne se plaignant pas réellement de sa condition dans le film. 

Enfin, la chanson “So this is love” est un moment capital dans le film d’animation : celui où elle tombe amoureuse du prince. 

Scène de bal où Cendrillon et le prince tombent amoureux.

Conclusion

L’avant-première mondiale eut lieu le 15 février 1950. Cendrillon reçut trois nominations aux Oscars l’année suivante : la meilleure musique, la meilleure chanson pour “Bibbidi-Bobbidi-Boo” et le meilleur son. 

La chanson “A dream is a wish your heart makes”, sortie en support 45 tours en 1950, se vendit à plus de 3 millions d’exemplaires : un score énorme pour l’époque !  Elle fut classée no1 au niveau mondial. 

En 2008, le film se hisse à la 9ème place des meilleurs films d’animation dans le classement de l’American Film Institute.

En 2019, Cendrillon est classé 26ème au box office mondial des films Disney avec 263 600 000 $ de recette, soit 8 766% de rentabilité. 

Le film a non seulement réussi à relancer les studios Walt Disney, mais continue de faire rêver de nombreuses générations, encore de nos jours. C’est un pari réussi pour Walt et son équipe dont le don pour faire vivre les princesses s’est confirmé neuf ans plus tard avec la Belle au bois dormant. 


Sources :

  • Documentaire : From Rags To Riches: The Making of Cinderella
  • Livre : Les archives des films Walt Disney. Les films d’animation 1921-1968. (Taschen Édition 2020) 

Sites internet : 

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