L’évolution de Mickey Mouse

Mickey Mouse, la plus célèbre des souris dans le monde a soufflé ses 90 bougies en 2018. Et pourtant, il semblerait qu’il n’ait pas pris une ride ! Ou presque… Bien que ça soit assez discret, le design de Mickey ainsi que sa personnalité ont été remaniés au cours des décennies. Serait-ce cette évolution qui lui a permis de conserver sa popularité ? Nous allons dans tous les cas ensemble regarder quelles ont été ces modifications qui lui ont permis de coller au mieux à la société et aux modes.

L’évolution de Mickey, des années 1928 à 1935.


La première période clef qui va nous intéresser pour étudier la transformation de Mickey débute avec  sa naissance en 1928 jusqu’à l’année 1935, ce qui correspond à toute sa période en noir et blanc. En effet, c’est à partir de 1935 (date de sortie de La Fanfare), que Mickey sera désormais représenté uniquement en couleur.

Mickey à travers les âges.


La naissance de Mickey.

Qui ne connaît pas l’histoire de la naissance de Mickey ? Si vous n’êtes pas tombés par hasard sur ce site, ce n’est pas votre cas ! Mais rafraichissons nous la mémoire (ça ne fait jamais de mal).  Mars 1923,  après s’être fait “voler” Oswald le lapin par le studio Universal, la petite histoire raconte que Walt a crée Mortimer Mouse dans un train avec sa femme Lilianne, qu’elle a aussitôt rebaptisé Mickey Mouse. Une fois rentré chez lui, il a pu travailler des ébauches avec ses collaborateurs Ub Iwerks, son frère Roy et Les Clark. 

Walt Disney et Ub Iwerks en 1928.


Walt souhaitait une touche à la Charlie Chaplin et Ub Iwerks imaginait plutôt un style à la Douglas Fairbanks. Si vous n’êtes pas un aficionados du cinéma, la question “qui est-il ?” doit vous effleurer l’esprit. Douglas Fairbanks était un acteur phare du cinéma muet de l’époque, qui avait joué de nombreux rôles tels que Zorro ou d’Artagnan. Il avait cette réputation d’aventurier, de charmeur et incarnait un idéal viril. Entre Charlot et lui, vous aurez compris que les premières bribes du caractère de Mickey Mouse commençaient à voir le jour : un potentiel comique associé à l’image de l’homme, le vrai.


Crazy Plane.

Contrairement aux idées reçues, le premier court-métrage d’animation des studios Disney avec Mickey Mouse en grande vedette est Crazy Plane, sorti en mai 1928. 

On retiendra quand même que Steamboat Willie sorti quelques mois plus tard marque la naissance officielle du personnage. Et c’est d’ailleurs suite à ce succès que Crazy plane et The gallopin’ gaucho furent sonorisés seulement !

Mickey dans Crazy Plane.

Physiquement, la plus grande contrainte pour Walt et Ub Iwerks était de s’éloigner le plus possible d’Oswald et éviter un copier/coller involontaire. Et pour un début, c’est réussi. Mickey Mouse ressemble davantage à une vraie souris qu’à un lapin de dessin animé. Il n’a pas de gants, pas de chaussures, des yeux exorbités, afin de faciliter son animation, et ses expressions sont souvent très exagérées ce qui permet de compenser l’absence de dialogue. 

On peut constater également qu’il est plus longiligne que ces successeurs qui gagneront en rondeur. Cette particularité peut s’expliquer si on regarde la mode de ces années-là. En effet, si la mode d’une manière générale a une tendance à accentuer les silhouettes, celles des années 1920 sont beaucoup plus droites et longilignes. C’est un élément très distinct du style des années 1920, et il n’est donc pas étonnant que Walt s’en soit potentiellement inspiré pour Mickey à ses débuts.

Dessin de Mickey en 1928.

Illustration de la mode masculine dans les années 1920.

Au niveau du caractère, Mickey est très énergique, un peu espiègle et a un esprit vif. En revanche, la gentillesse lui fait défaut. On le voit par exemple rire quand Minnie a peur et il est prêt à utiliser des tactiques assez fourbes pour obtenir ce qu’il veut : un bisou de sa part. Et oui, car Mickey se veut être un séducteur à ses débuts, voire à la limite de ce qui serait acceptable de nos jours. Typiquement, la scène aurait lieu en 2020, Minnie aurait été la première à tweeter #metoo quand il finit par l’embrasser de force après ses non répétitifs. Vous ne me croyez pas ? Regardez par vous même. 

Extrait de Crazy Plane.

The gallopin’ gaucho.

On a parlé d’une inspiration à la Douglas Fairbanks, voici qu’elle se concrétise réellement. Le court-métrage The gallopin’ gaucho est une parodie du film Le Gaucho sorti en 1927 dont l’acteur en est la vedette. On y découvre un Mickey aventurier prêt à tout pour sauver Minnie. 

Physiquement quelques modifications apparaissent, mais pas dès le début du film… En effet, l’apparence de Mickey a changé pendant le court-métrage ! Ub Iwerks travaillant en parallèle sur Steamboat Willie, dans lequel il avait déjà modifié le design de Mickey, il a gardé son “nouveau Mickey” pour la fin de Gallopin’ gaucho. On ne lui en tiendra pas rigueur, nombreux sont ceux qui n’avaient pas remarqué le changement. 


Mickey avant/après dans The Gallopin’ Gaucho.

Durant le court-métrage, Mickey perd donc ses yeux exorbités (jugés un peu effrayants pour certains), son nez est raccourci, et il gagne du ventre. Mais peut-être est-ce dû à la bière ingérée au début du film ?



Dans ce court-métrage, Mickey est loin d’être un enfant de cœur : il fume, il boit, il se bat… Ces activités sont représentées sur le storyboard d’origine situé à gauche. Mais rien d’anormal pour l’époque.

Premièrement, Mickey Mouse était plutôt destiné à un public adulte pour qui le cinéma était assez récent, contrairement à l’image enfantine qu’on lui attribue (à tort, mais c’est un autre débat) aujourd’hui. Les mœurs étaient également très différentes. Il n’était pas rare de voir des personnes fumer dans les films, même ceux destinés à un jeune public. 

Savez-vous par exemple que Lucky Luke a arrêté de fumer seulement en 1983 suite à des manifestations d’associations anti-tabac qui lui reprochaient de donner mauvais exemple aux enfants ? 

Steamboat Willie.

Le 28 novembre 1928, est diffusé sur grand écran Steamboat Willie, le court-métrage qui marque la première apparition officielle de Mickey. Et c’est également le premier court-métrage sonorisé des studios Disney !

La plus grande évolution de Mickey à partir de ce moment-là est donc, vous l’aurez compris, sa voix. Le cinéma parlant devenant de plus en plus populaire, Walt Disney s’est intéressé très tôt à cette nouvelle technologie. Il existait déjà quelques court-métrage d’animations sonorisé, mais c’est cependant la première fois que ce sont les personnages qui produisent la musique, ce qui subjugue le public. Surfer sur la vague, oui, mais Walt reste un visionnaire avant tout, c’est bien connu. Mickey sifflotant à la barre de son bateau, est sans doute devenu l’image la plus culte de la petite souris. 

Extrait de Mickey dans Steamboat Willie.

A l’image de cette scène mythique, on retrouve dans ce court-métrage un Mickey jovial, qui rigole, danse et chante. C’est par ailleurs très agréable de voir son caractère évoluer et devenir plus attachant qu’à ses débuts.

D’un point de vue design, Mickey perd sa silhouette en bâton pour ressembler davantage à l’aspect arrondi et séduisant d’Oswald. On retrouve le Mickey du final de Gallopin’ Gaucho : avec un museau raccourci, des yeux moins marqués et des chaussures. Il ne porte cependant toujours pas de gants. Son nez reste quand même assez pointu, et ses énormes yeux noirs n’ont ni pupille, ni relief. Ce visage choisi pour ce court-métrage restera inchangé pendant 10 ans.

Storyboard de Steamboat Willie.

Dans les médias, Mickey commence à apparaître en couleurs, doté de son célèbre pantalon rouge, garni de deux gros boutons jaunes.

Affiche publicitaire pour Steamboat Willie.

The Opry House.

Dans The Opry House, on retrouve un Mickey mélomane. Un de plus grand symbole associé à Mickey Mouse fait alors son apparition : ses gants blancs. Précédemment, il était difficile de distinguer ses doigts lorsque sa main noire passait devant son corps noir. Mais dans The Opry House, Mickey Mouse est pianiste, et il était important qu’on dissocie bien tous ses doigts.

Extrait de Mickey dans The Opry House.

Cette émergence des gants a été une source d’inspiration par la suite pour de nombreux studios. On les retrouvera entre autres, en 1940 chez Bugs Bunny (Warner) ainsi que chez Woody Woodpecker (Universal).

Les trois lignes noires sur le dessus du gant de Mickey représentent les plis de couture, typiques des gants de l’époque. Mickey à la pointe de la mode ?

L’année 1929.

Entre 1929 et 1930, plusieurs court-métrages ont contribué à développer un peu plus la personnalité de Mickey. Son physique en revanche n’a quasiment pas changé. Dans The Barn Dance, il perd son côté aventurier, et gagne en empathie. On le voit amoureux, en difficulté pour se faire aimer en retour de Minnie. 

Dans The Barnyard Battle, il reprend les armes en incarnant un soldat face à une armée de chats portant des casques ressemblant fortement à ceux des Allemands de la Première Guerre mondiale, terminée 12 ans plus tôt. En bien ou en mal, ce court-métrage a fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause de son interdiction en Allemagne. Dans tous les cas, utiliser l’actualité a sans doute profité à Mickey afin de le rendre de plus en plus célèbre.

Casque allemand de la première guerre mondiale.

Extrait de The Barnyard Battle.

Le son étant bien intégré dans ses films, Walt passe maintenant à l’étape supérieure en intégrant dans The Karnival Kid les tout premiers mots de Mickey : « Hot dogs! Hot dogs! ».  Les studios avaient longtemps hésité à faire parler Mickey, et surtout en Anglais car ils avaient peur de perdre un public plutôt international. Mais Walt Disney et son côté novateur osait prendre des risques. La voix de Mickey est très souvent attribuée à Walt lui-même, et ce fut bel et bien le cas par la suite, mais pas pour ce premier essai. Probablement par souci de simplicité, ces deux petits mots furent prononcés par Carl Stalling, qui s’occupaient de la musique depuis la naissance de Mickey.

Et ce n’est d’ailleurs pas Walt qui fit chanter Mickey pour la première fois dans Mickey’s follies, mais un membre de l’équipe passé aux oubliettes…

Les premiers mots de Mickey dans The Karnaval Kid. 

1930-1935 : l’émergence des produits dérivés et la confirmation de la personnalité de Mickey.

En 1930, c’est le grand départ d’Ub Iwerks, l’animateur attitré de Mickey depuis sa création. D’autres ont pris la relève par la suite, gardant pendant longtemps son design laissé en héritage. En effet, avant 1939, aucun changement physique majeur de Mickey n’est constaté. Cela peut s’expliquer par l’appréhension du public qui, s’attachant énormément à Mickey, avait peur de voir évoluer leur souris préférée. 

De nombreux courts-métrages sortent à partir de 1930 jusqu’à atteindre l’apogée de la carrière de Mickey en 1933. Ces derniers permettent d’affiner la personnalité de Mickey. Déjà, sa voix devient de plus en plus reconnaissable et est interprétée par Walt lui-même. C’est une voix enfantine et enjouée qui exprime parfaitement son caractère. Durant les 20 prochaines années, mis à part quelques exceptions, c’est exclusivement Walt qui prêtera sa voix au personnage. Grâce à sa voix, le caractère de Mickey se précise. Tout en gardant son côté aventureux, il acquiert une certaine timidité grâce à des petits rires nerveux. 

Walt Disney entouré de peluches Mickey, un des premiers goodies créés afin d’augmenter la popularité de Mickey.

Face à ce succès grandissant, hors de question pour Walt de s’arrêter là. Son instinct d’entrepreneur prenant le dessus, il commence à réfléchir aux différents moyens qui renforceraient la notoriété de Mickey. Ses premières idées se sont tournées vers les poupées et les jouets qui lui assureraient de la publicité. S’ensuivent alors les bandes dessinées, destinées à la presse. C’est ainsi que débute la période que certains appellent : Mickey Mania, c’est-à-dire l’apogée des produits dérivés Mickey. 

Échantillons de produits dérivés Mickey d’époque (1930).

On retrouve Mickey partout : dans la vaisselle, sur les ardoises des écoliers, en une du magazine Time, et même dans l’art. Cole Porter dans sa chanson “you’re the top” en 1934, place même Mickey au même niveau que le Louvre, le Colisée ou encore un sonnet de Shakespeare. 

Mais cette notoriété a un coût. A partir de 1933, elle va grandement influer sur son caractère. Désormais un modèle auprès des jeunes américains, il se doit de donner le bon exemple sous peine de se faire tirer les oreilles par un public adulte inquiet de l’image renvoyée.  Au revoir les Mickey fumant et buvant de la bière, bonjour les Mickey “parfaits”. 

A suivre…

Vous l’avez compris, à ses débuts, Mickey est un aventurier, un comique, il aime chanter, danser, faire la fête… Il était une source de joie pour un public en berne après la guerre, et la grande dépression qui a suivi le krach boursier de 1929. C’est sans doute son côté novateur, ainsi que les rires qu’il pouvait apporter qui lui ont permis de rester sur le devant de la scène. 

Mais son histoire ne s’arrête pas là, loin de là. Et dans un prochain article, on poursuivra son épopée et son évolution, en démarrant avec La Fanfare en 1935, premier film avec un Mickey tout en couleur. 

Mickey au volant de sa propre voiture, au studio. 1933.

Sources : 

Livres :

Les archives des films Walt Disney. Les films d’animation 1921-1968. (Taschen Édition 2020) 

Mickey Mouse. Toute l’histoire. (Taschen Édition 2020) 

Documentaire : 

Walt Disney : l’homme au-delà du mythe. 

Sites internet : 

https://www.lefigaro.fr/bd/2014/10/21/03014-20141021ARTFIG00016-mickey-fete-ses-80-ans-un-heros-en-constante-evolution.php

https://www.chroniquedisney.fr/perso/1928-mickey.htm

https://www.soletopia.com/2013/04/antique-1920s-mens-fashion-illustrations/

https://mashable.com/2015/12/06/walt-disney-archives/?europe=true

Comments

    • Charline says:

      Oh mais oui ! Toutes mes excuses, je suis comme Peter Pan, je ne veux pas vieillir et je me crois encore en 2019 😉 En effet, comme c’est dit plus tard, il a bien été crée en 1928. J’espère que la suite de l’article vous a plus, bonne soirée.

  1. Léo says:

    Superbe article ! Beaucoup d’informations présentées sans nous perdre grâce à une pointe d’humour, bravo! Je connais maintenant beaucoup mieux cette petite souris, et j’ai été surpris par son caractère au début de son existence 😮 Mickey se baggarant? Je croyais ne voir ça que dans Kingdom Hearts haha!

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